expo_en_encours

Collection permanente

L’exposition permanente Auguste Ravier et François Guiguet, Jeanne Bardey

Sur les hauteurs de la vieille ville de Morestel, Cité des peintres, la Maison Ravier est un bel exemple des demeures dauphinoises à caractère patrimonial. Le peintre Auguste RAVIER (1814-1895), s’y installe en 1867 et y réside jusqu’à la fin de sa vie. Propriété de la ville, elle est gérée par l’association Les Amis de la Maison Ravier (AMRA), qui organise les expositions temporaires, conserve et présente une collection permanente des œuvres de l’artiste.
Une approche chronologique permet de mieux comprendre l’évolution de sa conception du paysage qui annonce le traitement impressionniste de la lumière.
Il poursuit l’œuvre des grands maîtres qu’il admire : TURNER et DELACROIX, transcrivant dans ses infinies variations les effets de la lumière du crépuscule à l’aurore.

On peut y voir également des huiles et dessins de François Guiguet (1860-1937), peintre des scènes intimistes et de portraits d’enfants notamment, et des sculptures de Jeanne Bardey (1872-1954), dernière élève de Rodin.

 

Les tableaux détaillés :

 

 

tout est dans le ciel - maison ravier

tout est dans le ciel – Ravier

« Tout est dans le ciel. Les nuages et l’atmosphère me grisent. Toujours nouveau. C’est l’inépuisable, c’est l’infini. Il est des jours, je crois, où personne n’a vu ce que je vois et senti ce que je sens.»

Auguste Ravier, lettre du 30 oct.1873 à Félix Thiollier in Auguste Ravier, Étude critique suivie de la correspondance de l’artiste, H.Lardanchet éditeur, Lyon, 1921, pp.112-113.

Seule la représentation atmosphérique est le sujet de l’œuvre. Ravier use pour cela de la réserve du papier bleu, utilisé comme une couleur à part entière.

Par ailleurs, le format cintré sur la partie supérieure est souvent utilisé par Ravier : il décide de l’envergure de l’œuvre par un trait sous-jacent qui en détermine la forme (ovale ou tondo, rectangulaire…). Ici, le cintre accentue la sensation visuelle d’ascension vers le ciel, en parfaite adéquation avec le sujet traité.

En outre, la gamme colorée est réduite à un camaïeu de vert et de gris très dilué, simplement pour ce dernier rehaussé de blanc. D’ailleurs ce blanc, composé de plomb et/ou additionné au zinc, a subit une altération par le noircissement de quelques zones, sans doute là il était plus abondant, sans que cela nuise à la lecture de l’œuvre. Le geste est léger et suggère l’immensité du ciel, le cotonneux des nuages surplombant la plaine.

 

 

 

 

Barque au bord de l etang - ravier

Barque au bord de l’étang – Ravier

« Pour moi, je n’ai qu’une préoccupation : la sincérité, l’expression de la scène du moment ressentie par mes nerfs du moment… Sans doute en poussant mes aquarelles, je tombe quelquefois dans le lourd. Celles-là je n’en veux pas : il faut les laver, les éponger, les gratter. C’est un effort qui n’a pas réussi ; mais c’est un effort, et il serait bien plus commode et plus facile de ne pas l’avoir tenté. Je tente tout, parce que j’ai la soif de l’inconnu, la folie de la recherche ; mais c’est là ma valeur… »

Auguste Ravier Lettre à Félix Thiollier, sans date, postérieure au 17 avril 1876 ? op.cit. pp130-131.

 

 

 

 

Crepuscule sur l etang - Ravier

Crépuscule sur l’étang – Ravier

« Je sais que je suis un vrai libertin…il est vrai que la morale n’a pas pour cela à se voiler la face : libertin de la nature…Don Juan inoffensif et d’un nouveau genre, je remplis mon carnet des motifs qui me plaisent, et, plus heureux que Don Juan, j’en ai plus de trois mille. Si je n’inscris ni Zerline ni Elvire ni Emma, c’est un blond matin ou un soir brun. Pour moi, il y a des baisers dans l’air ; il y a des nymphées et des priapées antiques l’été, par certains vents, sur la mousse, au bord des eaux ou dans les bois…mais surtout, il y a les ineffables  tendresses du soir, choses intraduisibles par la parole, vaguement indiquées par la couleur et la forme et qui vous charment comme une musique dont il vous est impossible de rendre exactement le sens. »

Auguste Ravier Lettre à Félix Thiollier, 25 février 1873 op.cit. pp.107-108.

 

 

 

 

Etang de la levaz - ravier

Etang de la Levaz – Ravier

À quelques pas de sa demeure de Morestel, Ravier est attiré par de nombreux étangs entourés d’arbres comme celui de l’Aleva comme l’écrit le peintre. Mais son œuvre n’est pas de l’ordre du documentaire ou du descriptif. Le sentiment du sublime transparaît dans l’œuvre, toute empreinte du romantisme tel que l’ont aussi exprimé Delacroix ou Turner. L’étang est un miroir où ciels changeants et astre solaire se reflètent, les herbes qui le bordent se parent d’une robe rousse et de vert acide. Dans ses promenades solitaires, Ravier a dû réciter les vers de Lamartine venu dans la région :

« C’est là qu’entouré de verdure,
D’un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
À n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux. »

 

 

 

 

etang de roche - ravier

L’étang de Roche – Ravier

Ravier donne au ciel des nuances qui le confinent à ses limites les plus reculées.

Il obtient cet effet par sa connaissance des valeurs qui rendent les ciels d’une profondeur limpide.

Dans ses études, l’immensité provient souvent de la lumière qui baigne les plaines, qui noie les éléments du paysage : les collines se dessinent dans les vapeurs du lointain.

Il supprime tout ce qui le sépare d’un plan à quelques centaines de mètres de lui : terrain, herbes disparaissent au profit d’une abstraction surprenante. Le paysage rend le tressaillement de l’immensité, pourtant son œil s’attache ici à quelques éléments : rochers, bâtiments, nuages.

 

 

 

 

Baigneuse au bord de l etang - ravier

Baigneuse au bord de l’étang – Ravier

L’étang de Roche peint par Ravier où sèchent quelques baigneuses fantomatiques rappelle l’amitié qui l’unissait à Corot. Ravier faisait sien ce précepte de Cabat : « Soyons vrais, la nature se chargera d’être belle, sans naïades et sans héros. » En effet, Ravier marche, solitaire, sur les pas d’une représentation idéale et romantique de la nature où la figure humaine n’est pas ou peu représentée. Son œuvre s’inscrit pleinement dans la nouvelle conception du paysage qui acquière ses lettres de noblesse au XIXe siècle : le paysage n’est plus un accessoire, un décor faire-valoir de l’homme.

Ces œuvres peuvent être datées entre 1875 et 1878, probablement représentant les berges de l’étang de Roche, près de Morestel. Sur d’autres œuvres de cette série, le lieu est facilement reconnaissable, notamment grâce au moulin de Thuile en arrière plan.

 

 

 

 

Le pont paysage d automne - Ravier

Le pont, paysage d’automne – Ravier

L’arbre est comme aspiré vers le soleil, seule son ossature le rattache solidement au sol, les rayons dorés dessinent sa silhouette imprécise, les rayons de soleil transperçant les masses que les bruns et le cadmium clair fait étinceler çà et là. Pour Ravier, l’arbre mordu par les rayons solaires partage l’intérêt du paysage : la lumière reste le principal objet de son étude. Dans cette atmosphère imprécise, les lignes du paysage flottent dans une buée de cadmium* orangé, comme un écran diaphane et léger en même temps que la terre revêt une robe rousse annonçant l’automne. La couleur en touche subtile et vaporeuse crée et devient lumière, dévoilant toute la poésie d’un monde immatériel sous un voile d’or de lumière.

*cadmium : métal de couleur blanche qui sert à la fabrication de certains pigments en peinture.

 

 

 

 

 

 

Les toits de Morestel - Ravier

Les toits de Morestel – Ravier

Sur la terrasse surélevée de sa maison à Morestel qu’il habite de 1867 à 1895, Ravier scrute le ciel, contemple l’horizon. L’étude prise sur le motif a été réalisée depuis la maison du peintre, sans doute à l’étage. Les couleurs ici sont posées dans la matière ce qui atteste de la rapidité de notation. Sa touche est parfois large et nuancée, parfois rapide et hachée mais toujours précise. Le format horizontal permet de mettre en valeur le ciel en opposition à la ligne des toits. En effet la démarcation entre les deux sujets du tableau est nette et franche : la juxtaposition des couleurs complémentaires (le vert-bleu du ciel et des arbres /  rouge-orangés des toits) renforcent cette impression.

Ses œuvres sur nature sont souvent des ébauches, laissées dans un certain état d’inachèvement tant la touche est convulsive pour saisir l’impression première de la lumière du ciel. Il se sert souvent du procédé à l’huile pour rendre ses impressions d’après nature, pour prendre des notations en plein air et fixer les effets fugitifs du ciel, de la terre.

 

 

 

 

Paysage aux 2 peupliers - Ravier

Paysage aux 2 peupliers – Ravier

Lorsqu’il peint les rares frondaisons, Ravier noie les vertes cimes et les contours dans les buées soufrées du soleil. L’œil ne les aperçoit qu’à travers la transparence des rayons verticaux. Les nuages se parent de multiples couleurs : pourpres incandescents, violets rehaussés d’un éclat rouge et mauve lorsque le soleil est au nadir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue de Cremieu - Ravier

Vue de Crémieu – Ravier

Ravier s’établit dans la cité médiévale de Crémieu vers 1850 après plusieurs séjours passés dans la campagne romaine. Fort de cette expérience, les paysages de toute la région qui s’étend entre le Rhône et les Alpes de Savoie et du Dauphiné sont propices à l’inspiration de Ravier. Le paysage se succède de montagnes en collines, de vallons en plaines. Lacs et étangs, évaporation des eaux du Rhône donnent au site de Crémieu une atmosphère légère et brumeuse, exaltant les couleurs de l’automne et la lumière qui baigne les arbres.

 

 

 

Paysage d hiver - Ravier

Paysage d’hiver – Ravier

Dans un camaïeu de bleu gris au vert, Ravier peint un de ses motifs de prédilection. Soumis au frimas de l’hiver, l’arbre malmené par les vents, nu, tortueux, convulsé à la fois abstrait et loin du détail, demeure l’élément de vie du paysage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cour de la maison du peintre - Ravier

La cour de la maison du peintre – Ravier

Après quatorze années passées à Crémieu, Ravier, rentier, acquiert pour s’installer avec sa famille, le «quartier de la halle de Bourdet, composé de maison bourgeoise, granges, écuries, bâtiments divers, cours, terrasse plantée de tilleuls, jardins en terrasse, pré- verger le tout contenant environ soixante ares cinquante centiares » (acte notarié du 22 mai 1867).

Cette maison remonte au début du 18e siècle et constitue un exemple remarquable d’architecture dauphinoise.

La cour, tout comme la terrasse qui domine les toits de Morestel, sera peinte à de multiples reprises.

Ravier s’installe près du porche d’entrée et circonscrit la scène par les murs, de la maison à gauche, et des granges à droite, dont on remarque que certains éléments ont aujourd’hui disparut.

Ainsi conduit, l’œil s’attarde sur les rayons du soleil, qui baignent la terrasse orientée sud-ouest, tout l’après-midi jusqu’au soir. La période estivale étant celle qui offre certains soirs au peintre les embrasements les plus hardis et les plus intenses : pourpre, vert d’eau, orangé.

 

 

 

 

 

 

Le lavoir de Morestel - Ravoir

Le lavoir de Morestel – Ravoir

Ravier s’installe à Morestel sur les hauteurs de la ville en 1867. Il trouve à proximité de sa demeure de nombreux motifs qui composent autant de variations d’un même sujet : les toits de Morestel, l’étang de la levaz et également le lavoir.

Ce lavoir qu’abreuve la Bordelle est accessible depuis sa maison : il n’a qu’à descendre les escaliers et traverser le grand pré, pour saisir les effets du soleil couchant, de préférence.

Ces différentes versions illustrent comment sa manière évolue vers une suggestion du motif au profit de la lumière, en accordant une grande place aux effets de matière et de couleurs.

Ravier peint en hachures croisées dans un geste rapide et enlevé capturant la lumière à la manière des impressionnistes.

 

 

 

 

 

 

 

La denteliere - Ravier

La dentellière – Ravier

C’est une des oeuvres les plus anciennes de Ravier qui est présentée dans sa demeure. Cette étude a été probablement réalisée en 1839 lors de son séjour en Auvergne à Royat, précisément à l’époque où il rencontre Camille COROT (1796-1875), peintre paysagiste confirmé.

Cette « dentellière » est une œuvre unique en son genre car elle représente une des rares études physionomiques d’un modèle vivant chez Ravier, qui accorde dans son œuvre plus d’importance à l’ossature d’un tronc d’arbre qu’à la silhouette d’une jeune femme.

Hormis pendant la période italienne et quelques rares fois après 1875, à la demande d’Henri Bidauld, il peuple ses bords d’étangs de quelques baigneuses indistinctes.

Ici, Ravier concentre son attention sur l’étude du visage bien plus que sur l’activité qui occupe son modèle. Son attitude est simplement suggérée. Rien ne laisse deviner encore le tournant opéré en Italie, son goût de plus en plus prononcé pour le paysage.

 

 

 

 

 

 

Coucher de soleil sur l etang de le Levaz - Ravier

Coucher de soleil sur l’étang de le Levaz – Ravier

Cette aquarelle illustre la dernière période dans l’œuvre de Ravier, celle de la maturité.

C’est par ce genre d’oeuvres, où la lumière et la couleur supplantent les éléments du paysage, que les contemporains de Ravier l’ont comparé à l’anglais J.M. William Turner (1775-1851), son aîné.

D’un assez grand format chez Ravier, elle est comme souvent divisée en 2 plans horizontaux : le premier tiers où la lumière du crépuscule vient se refléter dans le miroir de l’eau, et le reste étant réservé aux embrasements crépusculaires du ciel.

Les tonalités sont savamment organisées en couleurs chaudes (jaune, rouge, fuchsia) et froides (bleu, violet, vert acide) et réalisent une alchimie irradiante effaçant les formes et fondant les limites eau/ciel.

La courbe des nuées en spirales enveloppant le soleil au nadir, anime l’ensemble et rompt l’horizontalité de la composition.

Sa quête de l’impalpable réside dans la conciliation de la lumière (transparence) et de la couleur (contrastes). Aussi, Ravier pratique-t-il l’aquarelle comme un peintre : les rehauts de pigments l’aident à atteindre son but. Sans doute préférée à la technique de l’huile, Ravier conçoit l’aquarelle à la manière anglaise c’est-à-dire comme une technique autonome, non plus seulement réservée à l’étude en plein air.

 

 

Chemin sous les remparts - Ravier

Chemin sous les remparts – Ravier

Dès 1847, parallèlement à ses voyages en Italie, Ravier prend l’habitude de se rendre dans le Dauphiné pour travailler en plein air. Il découvre la ville de Crémieu, ancienne bourgade médiévale. De nombreux vestiges des temps passés jalonnent les environs. Ravier se plaît à peindre ces paysages parsemés de ruines.

Ravier se tient sur le bas coté du chemin précédant le virage,  bordé de part et d’autre de murs : à droite les remparts de la ville, à gauche un muret. Ce point de vue donne de la profondeur à l’œuvre : la représentation du virage en raccourci, et la disparition de la ligne des remparts dans les lointains font illusion. Ravier aime l’aquarelle, qui bien maîtrisée, offre des transparences. Elle est ici travaillée comme de l’huile par rehauts de couleurs à sec, perceptibles sur le chemin et le muret (rehauts blancs), ainsi que le rouge des feuilles ou les bleus plus intenses du ciel.

 

 

 

 

Les grottes de la Cervara - Ravier

Les grottes de la Cervara, près de Rome – Ravier

Cette étude date de la période italienne (1840-1847). C’est à cette époque qu’il apprend à manier le dessin, les compositions et les valeurs qui en donne la force.

Il s’agit d’une représentation de la grotte de la Cervara près de Rome où il séjourna à plusieurs reprises. Ce type de paysage permet de travailler assez aisément les contrastes et les différentes intensités quelque soit le moment de la journée. La technique employée, le lavis, se situe entre le dessin et la peinture. Elle nécessite des encres que l’on dilue à l’eau et que l’on place comme de la peinture. Ce médium était habituellement gardé pour l’étude. Le lavis est souvent utilisé pour les préparations d’une œuvre, ne permettant pas de jouer avec les couleurs, ce sont les contrastes qui font l’œuvre et qui déterminent la composition.

 

 

 

 

 

La campagne romaine au crepuscule - Ravier

La campagne romaine au crépuscule – Ravier

Ravier se rend en Italie au tout début de sa carrière, certainement sur les conseils de Corot, qu’il a rencontré en Auvergne. Il fera plusieurs voyages entre 1840 et 1847, très attiré par ces paysages.

Il apprend le dessin, la composition et manie déjà très bien l’aquarelle, médium difficile à maîtriser car il ne permet pas les reprises.

Ici Ravier utilise un format ovale (qu’il utilisera tout au long de sa vie) pour mettre en valeur ses deux sujets de prédilections : l’eau et la lumière du crépuscule. Le paysage et la forme du tableau sont choisis avec soin pour une parfaite harmonie. L’arbre sans feuille présent au second plan est aussi un sujet repris souvent par l’artiste, il scande un grand nombre de ses compositions.